Par Jihem - 07-10-2009 15:07:39 - 4 commentaires
Les 30 jours de Rose
Je courrai sur les quais. Devant les péniches amarrées sous le jardin des Tuileries, le bouquet de fleurs posé sur l'une d'elle me fit réaliser pourquoi je l'avais nommée ainsi : Rose. C'est surprenant ce que notre inconscient peut faire pour nous. Ce prénom m'était d'abord apparu sans comprendre pourquoi. je ne crois pas avoir jamais connu de femme s'appelant ainsi. C'est donc la veille au même endroit, précisément, que j'avais rencontré Rose pour la première fois. Une étrange rencontre puisqu'avant cet instant, Rose n'existait pas. Sans doute pas. Elle naissait devant moi de mes pensées soudaines, fruit de mon inconscient. Elle naissait et n'avait ni histoire, ni passé. Et un improbable avenir intimement lié à la paresse ou l'euphorie de l'auteur. Un destin lié à ses humeurs aussi. Je ne saurais dire à ce moment précis à quoi ressemble Rose. C'est vous qui m'aiderez peut-être à la faire exister, à se réaliser. A votre insu sans doute, en m'offrant vos remarques, j'utiliserai vos personnes et les mènerai où bon me semble, revenant vers vous pour quelque rendez-vous. Rose n'a pas d'histoire, mais elle a un point de départ. Les quais de la Seine, quelque part entre les péniches amarrées et le jardin des Tuileries...
Le dernier métro était passé. Rose rentrait seule, avait traversé les 2 porches du Louvre avant de descendre le long de la Seine. Elle n'était ni gaie ni triste. Juste troublée. Elle regardait les péniches fleuries en songeant au projet dont ils avaient parlé la soirée durant dans ce petit restaurant italien tout près de l'Eglise Saint-Eustache. Ils, c'était ses trois collègues et amis, Céline, Manu et Barbara. Le projet, c'était celui de Matt, un ami proche de Céline et qui l'avait accompagnée pour l'occasion. Matt était Libraire de métier, amoureux de théâtre et de poésie. Il avait été longtemps enseignant, et il avait à cœur de susciter les passions de faire découvrir la littérature, d'encourager la création. Il désirait rassembler autour de lui des personnes qu'il prenait le temps de choisir et de solliciter, lors de diners qui se prolongeaient parfois tard dans la nuit. Des personnes sans talent évident, sans bagage artistique, sans vocation créatrice. A priori. Des personnes animées simplement d'une envie vague, laissant apparaître une personnalité qu'il jugeait originale, une sensibilité qu'il trouvait évidente. Il proposait d'offrir à ces quelques personnes qu'il tentait de réunir, la possibilité d'écrire. Un roman, une nouvelle, un recueil. 30 jours durant, ce groupe devait se réunir pour parler de ses écrits, pour raconter son quotidien, les rencontres respectives, anodines ou pas. Chacun ayant pour but de se nourrir de ces échanges, de ces discutions, de s'approprier le quotidien de l'autre pour animer ses propres personnages. Et créer.
A la rencontre de Rose
A peine l’existence de Rose évoquée, je sens qu’il est temps de m’arrêter, de me poser. Je n’ai pas oublié Rose ces dernières heures. J’ai même imaginé des scénarios qui la faisaient exister davantage. Ou qui lui donnait une place entre l’auteur et sa propre histoire. Rose n’a pas de visage encore, pas de couleur, pas d’odeur. Je ne sais si elle est petite ou grande. Si elle m’est sympathique, si elle est séduisante. Quel est le timbre de sa voix. Si elle m’est reconnaissante de lui donner une existence, quelques instants de vie. Peut-être n’attend-elle rien de moi. Quand au lecteur, je le sens perplexe. Il sent certainement que l’auteur va être un peu barbant s’il poursuit dans ce style narratif mal maîtrisé et très lancinant. Et le lecteur a bien raison. Après tout c’est lui le roi, même si au final, je fais ce que je veux. Oui, dans ce récit, j’ai décidé de faire ce que je voulais. En l’occurrence je choisis de partir à la rencontre de Rose. J’avais bien pensé que nos chemins se croiseraient un jour ou l'autre, mais pas si tôt, et certainement pas si directement. Par quel moyen la rencontrer puisque je ne pourrais la reconnaître ? Dans la cour de l’école quand j’étais gamin et qu’on se racontait des histoires, on commençait souvent par « On dirait que … ». Donc, on dirait que je connaissais le numéro de téléphone de Rose. A cette heure, parions qu’elle est encore chez elle.
« Allo ? Rose ? »
« Allo ? Vous êtes ? »
« Jean-Michel, Jihem, vous me situez ? »
« A vrai dire pas vraiment. On se connait ? »
« Oui, enfin peut-être. Pas vraiment ».
« Ecoutez, je suis fatiguée, allez faire vos plaisanteries ailleurs »
Rose avait raccroché. Me voilà bien. Je ne possède d’elle que le son de sa voix. La voix un peu rauque d’une nuit sans sommeil, laissant toutefois deviner un accent des montagnes quelque part dans la partie est du drôle d’hexagone.
Comment pénétrer dans l’univers Rose ? Comment faire qu’elle prenne corps ? Qu’elle soit actrice de son histoire, qu’elle s’émancipe et que ma plume la suive ? Rose ne peut exister que par mon propre désir de la faire évoluer. Je ne peux me permettre de la froisser, de la faire fuir. Les premiers contacts entre l’auteur et son personnage sont forcément délicats j’imagine. Je fis part de mon désarroi à mon collègue de bureau. « Tu as son téléphone me dit-il, rappelle-là, laisse-lui un message sur son répondeur »Evidemment. Mais l’idée de remettre entre les mains de mon personnage la décision d’entrer ou non en contact avec son auteur me semblait saugrenue. Mais après tout, avais-je d’autres choix ? Il a tout de même des idées étranges mon collègue.
Après quelques heures d’hésitation, je décide de composer de nouveau le numéro. Fébrilement. Si elle répond, me dis-je, il en sera fini de Rose. Après 3 sonneries, j’accueille avec soulagement le message enregistré.
« Vous êtes bien chez Rose. Peut-être êtes vous Jihem ? Je l’espère. Je le pressens. Veuillez me pardonner pour tout à l'heure. Je n'ai pas compris qu'il s'agissait de vous. S’il vous plait, ne me laissez pas de message. Je ne saurai qu’en faire. Retrouvons-nous ce soir si vous le voulez dans un restaurant que vous choisirez, à l’heure et au lieu qu’il vous plaira. Je vous en prie, le projet de Matt me séduit. Mais de par votre seule volonté je pourrai y souscrire."
A ce moment, je suis partagé entre un sentiment jouissif de savoir l’existence de Rose se déssiner davantage et l’inquiétude de cette situation absurde. Je n’avais pas prévu d’aller si loin dans l’étrange, dans l’irrationnel. C’est un monde qui me parle peu et que je ne connais guère.
Ainsi j'allais la voir et dans un même instant lui offrir un visage, une expression. Puis livrer au lecteur quelque trait de sa personnalité. Dessiner le lieu de notre rencontre imaginaire ou pas, un peu des 2 sans doute.
Il était 13 heures et je n'avais pas faim. Je décidais d'aller courrir.
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4 commentaires
Commentaire de jepipote posté le 07-10-2009 à 15:52:22
"..... La voix un peu rauque d’une nuit sans sommeil..." ou d'une femme fumeuse buvant son verre de Wisky à la terrasse d'un café. elle regarde les gens passer.... dans la solitude... en particulier, ceux qui, en tenu légère, par ce froid, pour soit disant être en forme.... courir...pffff... un autre garçon....
Commentaire de grandware posté le 07-10-2009 à 16:25:41
Tu as osé lui parler !!!! Wahou...
Commentaire de shunga posté le 08-10-2009 à 14:31:41
Excellent ! CEci dit cesse de te servir du lecteur comme excuse :p
Commentaire de Tophe77 posté le 09-10-2009 à 11:12:16
Écrivez votre commentaire ici... Tu en as mis trop ou pas assez, maintenant continue, qui est elle ? finis ta course.
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